Antigone est une association créée en 1996 par des parents de jeunes en grande difficulté scolaire. Son but est de permettre à ces jeunes de réintégrer le plus rapidement possible les établissements de l'Education Nationale ou de poursuivre une formation professionnelle en milieu ordinaire.
A ce titre, tous les jeunes sont inscrits aux cours du Centre National d'Enseignement à Distance (CNED).
Antigone les aide à réinstaurer de la confiance en eux, leur permet une remise à niveau de leurs connaissances par la pratique d'un enseignement adapté.
Antigone dispense une pédagogie originale, individualisée et au sein d'un groupe, permettant au jeune de construire ou de reconstruire son savoir et de s'investir dans un projet l'impliquant en temps qu'acteur de son propre apprentissage.
L'exercice de cette activité nécessite impérativement d'être encadré par un personnel diplômé, compétant et dynamique.
L'ENCADREMENT
Pour accueillir les jeunes durant l'année 2004-2005, l'équipe éducative fut composée de:
- 1 enseignant bénévole, fondatrice d'Antigone et responsable pédagogique;
- 1 animateur en arts plastiques;
- 1 animateur de musique;
- 1 animateur d'anglais;
- 1 animateur d'espagnol;
- 1 animateur de biologie;
- 1 animateur de mathématiques et d'informatique;
- 1 animateur de français;
- 1 animateur pour l'éducation physique et sportive;
Antigone occupe un local en zones ouvertes de 100m² en rez-de-chaussée et d'un premier étage divisé en 4 pièces.
Outre les bureaux, chaises, armoires, fournitures scolaires, livres, Antigone dispose d'un réseau informatique avec un poste par enfant, connecté à Internet et de divers matériel audiovisuel.
LE PROJET EDUCATIF
L'accueil
Nous recevons des jeunes en plus ou moins grande difficulté que les parents on essayé d'aider.
Les nombreux échecs rencontrés ont parfois suscité chez le jeune un sentiment de négation de soi, de perte de confiance ou de culpabilité.
Nous nous attachons à rétablir avec lui un sentiment de confiance afin qu'il puisse décider lui-même s'il désire de faire un bout de route avec nous.
Jusqu'ici, il a souvent subi les conséquences de décisions prises à sa place; à Antigone il devient acteur de sa propre démarche, il est directement impliqué dans le projet.
L'écoute
Chaque jeune arrive avec son histoire personnelle. Elle est marquée par des souvenirs parfois douloureux. Une écoute attentive nous permet d'entendre comment il se vit. Il se dit souvent être sans ressources, sans valeur, sans espoir. A neuf, douze ou dix-sept ans, il se sent exclu, abandonné. Ce sentiment se traduit par deux attitudes: soit le mutisme, soit l'ironie.
Ces appels au secours sont à considérer car parfois l'enfant a déjà été catalogué et l'orientation est proposée vers un établissement spécialisé ou vers la vie active devenant vie inactive compte tenu de son niveau scolaire.
La construction du savoir
Nous formons une équipe fermement convaincue que la culture doit être un droit pour tous.
C'est elle qui nous fait accéder à notre condition d'Homme et nous pensons que la construction du savoir est à la fois but et ressource.
Il n'y a pas de définition totalement satisfaisante de l'intelligence, mais des approches différentes. Ce qui est certain, c'est que tout être humain a une capacité à apprendre qui s'est développée depuis sa vie utérine. La réalité n'existe pas dans notre cerveau. C'est un ensemble de perceptions, de représentations qui prennent un sens selon la façon dont elles sont organisées; elles deviennent alors des expériences de référence.
Trois axes vont piloter le développement de notre démarche: l'acuité sensorielle, l'ancrage et la restitution.
Le développement de l'acuité sensorielle
Il est surprenant de voir combien se sont, dans bien des cas, coupés du monde où ils vivent. La perception qu'ils ont de leur environnement est réduite; ils se sentent et se voient souvent mutilés. On comprend dès lors que le jeune ait tant de difficultés à décrire, à raconter, que son expérience écrite soit si pauvre. Aucun exercice dit "traditionnel" ne peut venir à bout de tels blocages. Cette attitude d'insensibilité apparente date souvent de l'école maternelle. Tantôt hyperactif, l'enfant a été brimé, tantôt amorphe, il a été ignoré. Dans tous les cas, il s'est senti exclu.
L'ancrage
L'ancrage est la capacité qu'a notre système nerveux d'emmagasiner un ensemble de signaux. Il agit sur le système de mémorisation des expériences. L'évènement en soi est neutre, mais le cerveau l'associe à ce qu'il connaît déjà. En psychologie, on parle de marqueurs somatiques. Les uns sont des blocages pouvant empêcher tout apprentissage, les autres des ressources sur lesquelles nous pouvons nous appuyer pour dépasser les premiers et aider le jeune à créer une image positive de lui-même.
C'est donc toute une stratégie pédagogique qu'il faut bâtir pour sortir le jeune des comportements réflexes. Il faut découvrir peu à peu les situations qui provoquent des blocages et celles qui favorisent l'émergence des ressources.
Cette démarche impose qu'il n'y ait aucune hiérarchie des matières et que les enseignants coordonnent leur action. Les arts plastiques sont essentiels pour dépasser les blocages en mathématiques, tout comme le sport. Il faut pour cela que chaque enseignant maîtrise son domaine et soit dans une situation permanente de recherche et d'ouverture au travail des autres.
Elle impose aussi qu'il n'y ait pas de hiérarchie entre les groupes: "Avec un groupe constitué de 5es, de 4es, de 3es et de 2es, nous avons mené une expérience intéressante d'analyse d'oeuvres proposées en histoire à des 2es. Cette expérience leur a permis de comprendre que le savoir est accessible à tous et que son acquisition dépendait de l'implication de chacun."
Beaucoup de choses ont évolué à partir de là: le décodage de l'image, mais aussi la relation à l'Art et, d'une manière plus générale, au savoir.
Une expérience ne suffit évidemment pas. Il faut qu'elle se prolonge et se poursuive par d'autres démarches: rencontres avec des artistes, visites d'expositions, de galeries mais aussi créations personnelles. Le jeune peut ainsi agir et investir son énorme potentiel dans des activités valorisantes et reconnues.
Ceci nous amène à nous pencher sur un problème que nous rencontrons et qui se heurte le plus aux blocages: c'est la restitution.
La restitution
Ayant pendant des années accumulé les mauvaises notes, les réprimandes et les sanctions, le jeune a beaucoup de mal à croire qu'il est encore capable. Et s'il est heureux d'apprendre et de créer, il retrouve tous ses blocages lorsqu'il doit subir des testes ou un examen: "S. reste paralysée devant sa page, incapable de poser son stylo sur la feuille. J. ne peut rien écrire."
Tenter de convaincre, de raisonner ne sert à rien. Totalement envahis par leurs émotions, ils ne peuvent plus produire. Notre démarche là encore doit permettre de contourner l'inhibition. Il faut pour cela permettre au jeune de soumettre sa production dans une situation où elle va être valorisée.
C'est la raison pour laquelle nous privilégions la création collective, les projets où chacun participe, mais où la critique porte sur l'ensemble. Peu à peu le jeune devient fier de ce qu'il a fait, apprend à se situer par rapport aux autres et que ce qui est abouti exige beaucoup de travail.
L'analyse d'oeuvres est pleine d'enseignements. La Littérature et l'Art permettent au jeune de prendre une certaine distance, d'analyser les comportements des artistes reconnus pour pouvoir analyser le sien. Il découvre qu'il a aussi connu la critique parfois virulente (Préface de Cromwell).
Il accepte peu à peu les remarques, accepte de faire des essais.
Quand il a suffisamment d'assurance, il peut alors s'insérer dans une classe ordinaire.
L'ORGANISATION PEDAGOGIQUE
Notre structure n'est pas une école, mais un lieu d'accompagnement scolaire. Tous les jeunes sont inscrits au CNED qui assure le contrôle et le suivi des études. Notre but est en effet de permettre au jeune de réintégrer le plus rapidement possible soit une structure d'enseignement ordinaire, soit une projection positive sur l'avenir et non une orientation par l'échec.
Les enfants sont accueillis à 8h30; Les cours se déroulent par plages de 1h30 séquencées par des phases de 3/4 d'heure comprenant l'explication de ce que l'on va faire, la formation théorique puis la mise en pratique.
Cette méthode est appliquée à toutes les matières enseignées ainsi qu'au sport et aux arts plastiques. Elle favorise la réflexion et le travail personnel.
Les plages sont entrecoupées par un petit déjeuner (une collation) le matin, le repas de midi et un goûter l'après-midi.
Les jeunes partent d'Antigone à 18h sans devoirs à faire, afin que la vie en famille puisse être un moment de partage et de plaisir.
CONCLUSION
Si nous devions synthétiser notre travail, nous dirions très simplement que:
- L'enfant ou le jeune est au coeur du dispositif et un acteur essentiel de tout ce qui va être mis en oeuvre. Avant d'agir, nous lui expliquons notre démarche, le but, les étapes à venir.
- Notre travail repose sur la conviction absolue qu'il y a des possibilités de progression et que tout handicap peut être contourné s'il ne peut être surmonté.
- Les projets sont personnalisés et la démarche est individuelle même si elle se déroule au sein d'un groupe. Cette méthode permet de s'appuyer sur les aspects positifs du jeune. Elle permet de ne pas le mettre en échec avec des exercices qui ne seraient pas à sa portée. Il nous est essentiel de reconstruire la confiance en soi, le plaisir d'agir, de découvrir, d'apprendre.
- Cette démarche s'est nourrie de plusieurs courants de pensée de différentes méthodes pédagogiques.
ANTIGONE
65, rue Pomme d'Or
33300 Bordeaux
tél: 05 56 87 26 82
Port: 06 70 06 46 38
association.antigone@wanadoo.fr
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire